Burundi-Justice Transitionnelle:Une Commission Vérité et Réconciliation pas favori ?

Par Emile Hakizimana

Sans toutefois passer par le Boulevard du 1er novembre au cœur de la Capitale Bujumbura pour découvrir les places de l’indépendance et des martyrs de la démocratie se côtoyer ; un simple coup d’œil sur le calendrier national fait remarquer un mois d’octobre plus férié avec deux journées dédiées aux assassinats du père de l’indépendance Prince Louis Rwagasore et du martyr de la démocratie au Burundi Melchior Ndadaye respectivement les 13 et 21 octobre en 1961 et 1993.

Des années noires

Ces dates fatidiques ci-haut citées, loin d’être seules ; elles ont été chacune suivie par de cycles de violences meurtrières à caractère sociopolitique (ethnique, régionalisme,…) quitte à endeuiller le Burundi durant plus d’un demi siècle (1965, 1972, 1988, 1991 et 1993). Avec la signature de l’Accord de Paix d’Arusha inter burundais le 28 août 2000, d’aucuns doutaient de l’enterrement de la hache de guerre voire l’arrêt de ce cycle de violences fratricides entre hutus et tutsis. Ceci par le mécanisme de justice transitionnelle qui devrait se matérialiser par la mise en place d’une Commission Nationale Vérité et Réconciliation(CVR) et de cela depuis 2005.

Curieusement et malheureusement, neuf ans après, les victimes attendent vainement la fameuse commission pour connaître la vérité sur ce qui leur ai arrivé et dans l’espoir d’être établies dans leur dignité humaine et obtenir la garantie de non répétition.

Paradoxe

Avec 2014 et à moins d’une année de l’échéance électorale de 2015, l’Etat du Burundi s’acharne à déclencher coûte que coûte le processus de justice transitionnelle ; deux chantiers pharaoniques suscitant quelques interrogations : Pourquoi le Burundi traine les pieds a ? Quelle coïncidence surprise en cette période si délicate? Avec quels résultats profitables à qui? Avec quel financement tout s’opéra?

La réponse est à chercher dans les enjeux électoraux et la volonté politique à faire aboutir le processus peut-être mais ; une chose est sûre : « on ne peut pas cacher éternellement la vérité, soutenir le mal et ne pas être sensibles aux souffrances des autres ». Mais là, un autre problème se pose ; politiquement, il est difficile de comprendre un pouvoir en fin de mandat se concentrer sur une CVR au lieu de s’assurer de son lendemain ; préparer tranquillement l’échéance électorale suivante. Pour le cas du Burundi, cette carte est jouable pour se cacher sous la présomption d’innocence et se présenter en « candidat clean » en 2015 ; ce qui n’exclut pas aussi entre les différents ténors politiques qui se sont succéder au pouvoir un deal : « Protège-moi à te protéger ».

Entre temps, des places craintes (fosses communes, cimetières, monuments historiques, les mutilés de guerres..) éparpillées à travers le pays cachent une haine inouïe explosive à tout moment avec le risque de réveiller les vieux démons. Une situation que l’Etat du Burundi ne devrait pas laisser dégénérer d’autant qu’il est membre signataire de la CPI depuis 2004.

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